Je l’ai senti pour la première fois dans les cheveux d’une amie, un après-midi de septembre. Elle venait de se marier, portait encore cette lueur particulière des jeunes épouses, et son parfum flottait autour d’elle comme une bulle rose. “C’est Signorina”, m’avait-elle dit en souriant. J’avais levé les yeux au ciel. Le nom. Ce packaging bonbon. Trop girly pour moi, j’avais pensé.
Sauf que je n’arrêtais pas d’y penser.
Le préjugé et la chute
Bon, soyons honnêtes. Quand on voit le flacon – ce nœud rose, cette silhouette de poupée, l’univers très Barbie-goes-Milano – on a envie de passer son chemin quand on a dépassé les vingt-cinq ans. Moi la première. Je m’étais construit une image de femme qui porte du cuir, de l’iris sec, des trucs compliqués que personne ne comprend au premier nez.
Mais voilà. J’y suis retournée. En parfumerie, trois semaines plus tard, un samedi pluvieux où je n’avais rien à faire. J’ai vaporisé Signorina sur ma peau, presque honteusement, en regardant autour de moi comme si quelqu’un allait me juger.
Les premières secondes? Un cocktail fruité presque pétillant. Groseille, pastèque, je crois. Frais, sucré sans être écœurant. Déjà, j’étais surprise. Puis la pivoine arrive, toute en rondeur, accompagnée du jasmin qui adoucit l’ensemble. C’est là que ça devient… comment dire… régressif? Dans le bon sens du terme.
La madeleine de Proust version millennial
Ce que Signorina a réveillé en moi, c’est quelque chose que j’avais rangé au placard avec mes anciennes robes à fleurs et mes journaux intimes d’adolescente. Cette légèreté. Cette façon d’être féminine sans se poser mille questions, sans intellectualiser chaque geste.
Le cœur du parfum développe une gourmandise poudrée assez géniale. Le pannacotta – oui, vraiment – se mêle à la pivoine, créant une texture presque crémeuse sur ma peau. C’est doux. C’est confortable. C’est exactement le genre de parfum dont je me moquais avant (ces trucs trop faciles à porter, trop consensuels), et que je porte maintenant le dimanche matin pour aller acheter des croissants.
Les notes qui racontent une histoire
La base se pose tranquillement. Musc, bois de santal, une pointe de vanille qui n’envahit jamais tout. Salvatore Ferragamo a créé quelque chose de finalement plus subtil que son packaging ne le laisse penser. Ce n’est pas un parfum qui hurle, qui se fait remarquer à trois mètres. Non. Il crée une bulle autour de vous, une sorte d’aura douce que les gens sentent quand ils se penchent pour vous faire la bise.
Mon copain dit que ça sent “la fille qui a ses dimanches libres”. Je ne sais pas trop ce qu’il veut dire par là, mais je prends ça comme un compliment.
Ces moments où je le porte
Signorina est devenu mon parfum des matins où je n’ai rien à prouver. Les jours de télétravail où je reste en pyjama jusqu’à midi mais où je veux quand même me sentir… moi. Les brunchs entre copines. Les après-midi shopping sans but précis.
Je l’ai porté à un mariage l’été dernier (pas celui de mon amie, un autre). Une robe longue vert d’eau, des sandales dorées, les cheveux relevés. Plusieurs personnes m’ont demandé ce que je portais. Des femmes de quarante, cinquante ans. Pas des ados. Ça m’a fait sourire.
Il y a quelque chose d’universel dans cette composition florale-fruitée-poudrée. Ça traverse les générations, finalement. Ma mère l’a senti sur moi et m’a dit : “C’est joli, ça te va bien.” Venant d’elle qui ne porte que du Chanel depuis vingt ans, c’était presque une déclaration d’amour.
La tenue qui surprend
On pourrait croire que ce genre de parfum s’évapore en deux heures. Faux. Signorina tient facilement six à sept heures sur ma peau. La projection? Modérée, certes. Mais le sillage reste présent, tout en finesse. Je trouve même qu’il se bonifie avec le temps, la gourmandise s’estompant au profit d’un voile poudré-musqué vraiment agréable.
Le regard des autres (et le mien)
J’ai mis du temps à l’assumer publiquement. Je le portais en secret, comme une double vie olfactive. D’un côté, mes parfums de niche pour impressionner les connaisseurs. De l’autre, Signorina dans mon sac à main pour les moments vrais.
Puis j’ai arrêté de me prendre la tête. Un parfum n’a pas besoin d’être obscur ou cher pour être légitime. Il a juste besoin de vous faire du bien. Et celui-là me fait du bien. Point.
Il me rappelle que la féminité n’est pas un combat, pas une performance. Qu’on peut aimer le rose et le cuir. Qu’on peut porter du Montale un jour et du Ferragamo le lendemain. Que personne ne vous retire votre carte de “femme sophistiquée” si vous aimez les parfums gourmands et accessibles.
Ce qui m’a vraiment séduite
Au-delà de l’odeur elle-même (qui est franchement bien foutue, faut le reconnaître), c’est l’émotion. Cette capacité à me reconnecter avec une version de moi moins compliquée, moins dans le contrôle. La fille qui dansait pieds nus dans sa chambre sur des chansons cucul. Celle qui écrivait des poèmes nuls. Celle qui croyait encore aux fins heureuses sans ironie.
Signorina porte bien son nom, finalement. Il y a quelque chose de jeune, d’insouciant, d’optimiste dans sa composition. Pas niais – nuance importante. Juste… léger. Dans un monde où tout est lourd, c’est pas mal, non?
Le détail qui change tout
Une chose m’a marquée : ce parfum ne sent jamais pareil selon les jours. Certains matins, c’est le côté fruité-pétillant qui ressort. D’autres fois, la pivoine prend toute la place. Parfois, c’est la gourmandise poudrée qui domine. Comme si Signorina s’adaptait à mon humeur, à ma peau, à l’air ambiant.
C’est devenu un jeu. Me demander quelle version je vais sentir aujourd’hui.
Ma confession finale
J’ai trois flacons dans ma collection désormais. Le Signorina classique, l’Eleganza (plus chic, plus sec), et le Misteriosa (plus sombre, orientalisé). Mais c’est le premier que je chéris. Celui qui m’a fait lâcher prise sur mes préjugés.
L’autre jour, une jeune fille dans le métro m’a demandé ce que je portais. Elle devait avoir dix-sept, dix-huit ans. Maquillage parfait, look hyper travaillé. Je lui ai répondu, et elle m’a dit : “Ah oui, je connais, mais c’est pas trop jeune pour vous?” Elle ne pensait pas à mal.
J’ai souri. “Justement. C’est exactement ce que j’aime.”
Parce que vieillir, finalement, c’est peut-être choisir ce qui nous fait du bien sans demander la permission à personne. Même pas à notre propre voix intérieure qui joue les critiques parfumés.
Est-ce que Signorina va plaire aux puristes du niche? Probablement pas. Est-ce qu’il va conquérir celles qui cherchent la performance olfactive brute, le truc qui tient quinze heures et se sent à vingt mètres? Non plus. Mais pour celles qui veulent juste se sentir bien dans leur peau, légères, un peu régressives sans culpabilité… franchement, testez-le.
Et si vous le trouvez trop girly, trop consensuel, trop whatever? Très bien. Moi, je continuerai à le porter en souriant.