Il y a des parfums qui arrivent dans votre vie au mauvais moment. Ou au bon, allez savoir. J’ai croisé Covet un soir de septembre, dans une pharmacie ouverte tard. Je venais de rompre – enfin, on m’avait larguée, soyons honnête. J’errais entre les rayons en attendant que les larmes sèchent.
Et là, ce flacon noir. Sculptural, presque agressif avec ses angles nets.
La bouteille que je n’aurais jamais dû ouvrir
Je ne suis pas fan de Sarah Jessica Parker. Ni de Sex and the City, ni de cette image de New-Yorkaise qui collectionne les chaussures. Mais ce soir-là, j’ai vaporisé Covet sur mon poignet par pure provocation. Pour me prouver que je pouvais encore ressentir quelque chose.
Le choc a été immédiat. Le chocolat m’a sauté au visage – pas un chocolat Milka, non. Quelque chose de noir, amer, presque violent. Mêlé à des fleurs mouillées et une espèce de chaleur animale que je ne savais pas nommer. Plus tard, j’ai appris que c’était le labdanum. Sur le moment, je savais juste que ça me faisait bizarre au ventre.
J’ai acheté le flacon sans réfléchir. Quarante euros que je n’avais pas vraiment.
Ce que Covet raconte de moi (et que je préfère taire)
Les premières semaines, je le portais en secret. Jamais au bureau. Jamais devant mes amies. Seulement le soir, fenêtres fermées, avec un verre de vin et des playlists Spotify dépressives. Covet sentait exactement ce que je ressentais : quelque chose de cassé mais qui refuse de s’effondrer complètement.
La mandarine en ouverture dure trois minutes. Après, c’est le cacao qui prend le pouvoir, accompagné d’un accord floral troublant – géranium, peut-être? Je ne sais pas trop comment l’expliquer. C’est féminin mais pas mignon. Sensuel mais pas vulgaire. Bref, tout ce que j’avais envie d’être sans savoir comment.
Le fond boisé arrive doucement, presque timidement. Vétiver, cèdre, cette fameuse note de labdanum qui donne un côté cuir sans être agressif. Ça sent la peau chaude, les draps défaits, les décisions qu’on regrette à moitié. Vous voyez le genre?
Un parfum qui ne plaît pas à tout le monde
Ma mère a détesté. « Ça sent le patchouli de vieux hippie. » Mon collègue de bureau a grimacé : « T’as changé de parfum? C’est… spécial. » Seule ma sœur a compris. Elle m’a regardée bizarrement et m’a dit : « Ça te va bien, cette nouvelle version de toi. »
Je ne sais pas quelle version elle parlait. Celle qui assume de sentir le chocolat noir à 22h? Celle qui porte un parfum de star hollywoodienne sans ironie? Celle qui a arrêté de plaire à tout prix?
Covet n’est pas un parfum consensuel. C’est même carrément polarisant. La composition joue sur des contrastes violents : douceur gourmande contre sécheresse boisée, rondeur florale contre animalité sauvage. Ça fonctionne ou ça échoue, pas de demi-mesure.
Les moments où je le porte (et ceux où je n’ose pas)
Avec le temps, j’ai appris à apprivoiser Covet. Je le réserve aux soirées où j’ai besoin d’une armure invisible. Aux rendez-vous qui me font peur. Aux dimanches pluvieux où je reste en pyjama à lire des livres tristes.
Jamais au bureau – trop intime. Jamais en famille – trop révélateur. C’est devenu mon parfum d’entre-deux, celui qui marque les transitions. Entre deux jobs, deux relations, deux versions de moi-même.
La tenue est remarquable (entre six et huit heures sur ma peau), mais le sillage reste discret. On le sent surtout quand je bouge, quand je retire mon manteau, quand quelqu’un s’approche vraiment. C’est un parfum pour les gens qui savent regarder de près.
Ce que personne ne dit sur les parfums de célébrités
Franchement, j’avais tous les préjugés. Les parfums de stars, c’est censé être commercial, basique, fait pour plaire au plus grand nombre. Covet détruit cette théorie. Sarah Jessica Parker a créé quelque chose de personnel, presque dérangeant. Pas un parfum pour vendre des millions de flacons, mais un vrai projet olfactif.
Le parfumier (dont je ne me souviens jamais du nom, pardon) a construit une pyramide complexe qui évolue pendant des heures. Loin des eaux sucrées insipides qu’on associe aux parfums de célébrités. Si vous cherchez à mieux comprendre ce phénomène, je vous conseille notre analyse sur Covet et son statut particulier dans l’univers des fragrances de stars.
Pourquoi je ne le recommande à personne (et pourquoi ça me soulage)
Voilà ma confession : j’aime que Covet reste confidentiel. Qu’il ne devienne jamais le nouveau parfum à la mode. Chaque fois que j’entre dans une parfumerie et que je vois le flacon poussiéreux sur l’étagère du fond, ça me rassure.
Ce n’est pas de l’élitisme mal placé. C’est juste que certains parfums doivent rester des secrets. Des compagnons silencieux pour les moments où on ne veut pas être comprise, juste sentie.
Le chocolat de Covet n’a rien de réconfortant comme un chocolat chaud un dimanche matin. C’est un chocolat de 3h du matin, celui qu’on mange debout devant le frigo après une soirée bizarre. Pas celui qu’on partage.
Et maintenant?
Trois ans après cette première rencontre, mon flacon est à moitié vide. Je le rationne sans m’en rendre compte. Comme si j’avais peur qu’il disparaisse des rayons (ce qui arrivera probablement). Ou comme si cette version de moi – celle qui a besoin de Covet – devait s’effacer un jour.
Je ne sais pas si je rachèterai une bouteille quand celle-ci sera terminée. Peut-être que je serai devenue quelqu’un d’autre, quelqu’un qui porte des floraux légers et des muscs proprets. Ou peut-être que je collectionnerai les flacons vides, comme des preuves que j’ai survécu à cette période.
Pour l’instant, Covet reste dans le tiroir de ma table de nuit. À côté des livres non terminés et des lettres jamais envoyées. Exactement où il doit être.
Est-ce qu’un parfum peut vous sauver? Non, probablement pas. Mais il peut vous accompagner pendant que vous vous sauvez vous-même. Covet a fait ça pour moi, sans demander de reconnaissance en retour.
Certains jours, je me demande si Sarah Jessica Parker sait ce qu’elle a créé. Pas juste une fragrance orientale chocolatée – n’importe quel labo peut faire ça. Mais un refuge olfactif pour les âmes en reconstruction.
Comment on remercie quelqu’un pour ça?