Fame, ou comment Paco Rabanne m’a fait chavirer

Il y a des parfums qui vous tombent dessus comme une évidence. Fame n’était pas prévu dans ma vie. Je passais devant un comptoir Paco Rabanne, pressée comme toujours, quand cette vendeuse m’a tendu une mouillette. “Juste pour essayer.” Bon.

La mangue m’a frappée en premier. Pas la mangue sirupeuse des bougies de supermarché – non, quelque chose de plus vert, presque végétal. J’ai failli reposer la mouillette. Et puis…

Cette première rencontre dont je me souviens encore

C’était un mardi pluvieux de novembre. Le genre de jour où Paris sent le métro mouillé et la résignation collective. Ma carte bleue était en mode repos forcé après les soldes. Bref, le pire moment pour tomber amoureuse d’un parfum.

La vendeuse a vaporisé Fame sur mon poignet gauche. D’abord, cette mangue troublante. Puis l’incens est arrivé – pas celui des églises de mon enfance, plutôt celui qu’on brûle dans les appartements parisiens qui se la jouent mystiques. Le jasmin flottait quelque part entre les deux, discret mais présent.

Trois heures plus tard, dans le RER, je reniflais encore mon poignet comme une désespérée. Les gens me regardaient bizarrement. Je m’en fichais carrément.

Ce que Fame raconte sur ma peau

Sur moi, Fame se comporte comme une fille qui hésite entre deux personnalités. Le matin, c’est la fraîcheur fruitée qui domine. Presque innocent. Puis vers midi, l’incens commence sa lente ascension et là… tout bascule.

Le jasmin sambac apporte ce côté un peu animal, presque sale si on est honnête. Mais c’est justement ce qui rend Fame addictif. Ce n’est pas propre sur soi, c’est jamais sage. Pour le commander en ligne, j’ai attendu deux semaines – le temps de me convaincre que je ne rêvais pas cette alchimie.

Le fond boisé vanillé aurait pu être banal. Sauf que Paco Rabanne a réussi un truc bizarre : la vanille reste en arrière-plan, comme une promesse jamais totalement tenue. Elle stabilise le jasmin sans l’étouffer.

Les moments où je le porte

Fame n’est pas mon parfum du dimanche matin en pyjama. Trop habillé pour ça. Je le réserve aux jours où j’ai besoin d’une armure invisible. Les réunions importantes. Les premiers rendez-vous (ceux où on espère encore quelque chose). Les soirées où je veux me sentir différente de d’habitude.

Il tient facilement huit heures sur ma peau. Mon écharpe en garde la trace jusqu’au lendemain – ce mélange éteint de mangue et d’encens qui me fait sourire dans le métro.

Ce que mes proches en pensent

Ma mère a fait une grimace. “C’est fort, non?” Mon père n’a rien dit mais a reniflé l’air trois fois. Ma meilleure amie : “Putain, c’est quoi?” avant de noter la référence dans son téléphone.

Les réactions sont toujours tranchées avec Fame. Personne ne reste indifférent. Un collègue m’a demandé si je portais “un truc indien”. Un type dans un bar m’a complimentée sur mon “parfum d’église” (compliment douteux mais bon). Une amie esthéticienne a catégoriquement refusé de le tester : trop intense pour elle.

Cette polarisation me plaît. Je n’ai jamais aimé les parfums consensuels, ceux que tout le monde trouve “jolis”. Fame divise, provoque, questionne.

Pourquoi Fame et pas un autre

J’aurais pu craquer sur un classique. Un Chanel sage, un Dior rassurant. Mais Fame est arrivé au moment où je commençais à en avoir marre de jouer la fille bien élevée en toutes circonstances.

Ce parfum transpire une forme de liberté sexuelle assumée. Le jasmin animal, l’incens mystique, cette mangue presque psychédélique… C’est le genre de composition qu’on n’aurait jamais osé créer il y a vingt ans pour une fragrance féminine grand public.

Paco Rabanne a pris un risque. Ça aurait pu être un ratage commercial total. Au lieu de ça, Fame est devenu ce phénomène étrange – un parfum de célébrité (créé pour la génération TikTok, paraît-il) qui possède une vraie personnalité olfactive.

Les défauts, soyons lucides

Le flacon. Mon Dieu, ce flacon. On dirait un gros galet doré pas franchement élégant sur ma commode. Je l’ai caché dans un tiroir pour ne pas gâcher ma déco. Superficiel comme reproche, je sais.

La projection est massive les deux premières heures. Dans un bureau climatisé, ça peut devenir oppressant. J’ai appris à ne mettre qu’une seule pulvérisation – dans le cou ou nulle part.

Et puis il y a ce côté “influenceur” de la communication autour de Fame qui me gêne un peu. Les campagnes Instagram, les partenariats avec des chanteuses… Je préfère dissocier le jus de son marketing, franchement.

Ce que Fame a changé dans ma vie

Ça semble dramatique dit comme ça, mais Fame m’a réconciliée avec les parfums audacieux. Pendant des années, je restais dans ma zone de confort : propre, frais, discret. Le genre de fragrances qui ne dérangent personne mais n’émeuvent personne non plus.

Depuis Fame, j’ose les incens lourds, les muscs sales, les cuirs marqués. Ma parfumerie a changé de visage. Mon banquier moins content, ma commode plus encombrée.

Je ne porte pas Fame tous les jours – ce serait l’user, épuiser sa magie. Mais savoir qu’il est là, dans son horrible flacon doré au fond de mon tiroir, me rassure. Comme un costume de super-héroïne prêt à enfiler les jours de doute.

Les questions qu’on me pose souvent

“C’est pas trop sucré?” Non. La vanille reste discrète, vraiment. Si vous cherchez du sucré, passez votre chemin.

“Ça va pour le bureau?” Ça dépend de votre bureau. Open space bondé avec climatisation aggressive : peut-être pas. Bureau individuel ou coworking aéré : aucun problème.

“C’est vraiment féminin?” J’ai prêté mon flacon à un ami qui l’a porté pendant une semaine. Sur lui, l’incens prenait le dessus et ça devenait presque masculin. Bref, ce débat genré sur les parfums m’ennuie profondément.

La confession finale

Voilà quelque chose que je n’avoue pas souvent : Fame me donne l’impression d’être quelqu’un d’autre. Une version améliorée, plus courageuse, plus libre de moi-même. C’est idiot, je sais – ce n’est qu’un liquide alcoolisé dans un flacon disgracieux.

Mais les jours où je le porte, je marche différemment. Je tiens des conversations que je n’aurais pas osées autrement. Je prends des décisions que j’aurais repoussées. Effet placebo? Probablement. Ça fonctionne quand même.

Est-ce que je le recommande à tout le monde? Absolument pas. Est-ce que je le recommande aux curieuses qui en ont assez des parfums gentils? Oui, mille fois. Allez le sentir en boutique, laissez-le évoluer sur votre peau pendant quelques heures. Ne vous fiez pas à la première impression – elle ment.

Fame m’a appris qu’un parfum pouvait être un manifeste. Une déclaration d’intentions. Un petit acte de rébellion quotidien dans un monde qui préfère qu’on reste sage et silencieuse.

Depuis cette première rencontre sous la pluie de novembre, combien de flacons ai-je vidés? Deux et demi. Le troisième trône sur ma commode (bon, dans mon tiroir), à moitié plein. Ou à moitié vide, selon les jours.

Emma Jaubert

Passionnée de parfums, j'explore les fragrances avec émotion et sincérité. Chaque flacon raconte une histoire, et je suis là pour la partager avec vous.

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