Novembre 2019. J’entre dans une pharmacie parisienne pour acheter du mascara, et une vendeuse me propose de tester un parfum. “C’est Lovely de Sarah Jessica Parker.” Je refuse poliment. Vous voyez le genre? Ce mépris qu’on peut avoir pour les parfums de célébrités, cette certitude qu’ils ne peuvent pas être… sérieux.
Trois ans plus tard, je le porte tous les jours.
Le préjugé que j’ai trainé trop longtemps
Comment dire. J’ai longtemps cru que les parfums de stars n’étaient que des opérations marketing – du jus bon marché dans un joli flacon. Sarah Jessica Parker? Carrie Bradshaw dans un vaporisateur, forcément sucré, forcément prévisible. Je me trompais complètement.
La première fois que j’ai vraiment senti Lovely (parce que oui, j’ai fini par craquer ce jour-là dans la pharmacie), ça m’a déstabilisée. Pas de fraise. Pas de vanille écœurante. Juste cette douceur laiteuse qui m’a rappelé… quoi exactement? Je ne sais pas trop comment l’expliquer, mais c’était familier et neuf à la fois.
Cette odeur de peau propre qui m’obsède
Lovely commence par une lavande presque masculine – je dis presque parce qu’elle est aussitôt enveloppée dans quelque chose de plus rond, plus tendre. Le patchouli arrive vite aussi, mais pas le patchouli hippie des années 70. Non. Celui-là est doux, presque sucré sans l’être vraiment.
Et puis il y a ce musc. Ce maudit musc blanc qui colle à ma peau pendant des heures et me donne cette impression d’être… propre? Non, c’est plus que ça. C’est l’odeur de quelqu’un qui sort de la douche, qui a mis une chemise fraîchement lavée, qui sent bon sans en faire des tonnes.
Les notes de cèdre et d’orchidée se mêlent dans un flou artistique assez bluffant. Pas de pyramide olfactive évidente où on distingue clairement tête-cœur-fond. Tout se mélange pour créer cette bulle cotonneuse, cette seconde peau rassurante.
Le jour où j’ai compris son secret
Juin dernier. Canicule à Lyon. Je portais Lovely (oui, même en pleine chaleur) et un homme dans le métro s’est retourné. Pas de manière déplacée – juste ce moment où quelqu’un capte une odeur et cherche d’où elle vient.
C’est là que j’ai saisi. Lovely ne sent pas le parfum. Il sent la personne. Cette différence est gigantesque, franchement. La plupart des jus crient “regardez-moi, je porte du parfum!” Lui murmure “c’est juste moi, mon odeur naturelle” (mensonge évidemment, mais mensonge crédible).
J’ai commencé à le porter pour aller dormir. Bizarre? Peut-être. Mais il y a quelque chose de réconfortant à s’endormir dans cette odeur propre et poudrée. Les soirs difficiles surtout – ceux où l’anxiété monte et où je cherche n’importe quoi pour m’apaiser.
Les moments où je ne peux pas m’en passer
Le matin avant un entretien important. Lovely me donne cette assurance discrète, cette impression d’être impeccable sans être intimidante. Pas de sillage agressif qui précède mon entrée dans la pièce – juste cette aura douce qui met les gens à l’aise.
Les dimanches après-midi aussi. Quand je lis sur mon canapé avec un thé, que la lumière décline et que je n’ai nulle part où aller. Il accompagne ces moments de solitude choisie sans les alourdir.
Et les retrouvailles. Bref. C’est le parfum que je portais quand j’ai revu mon ex après six mois de silence – pas pour le séduire à nouveau, mais parce qu’il me donnait la force d’être moi-même, vulnérable et solide à la fois.
Ce que personne ne dit sur ce parfum
Lovely vieillit magnifiquement sur la peau. Après huit heures, quand les notes de tête ont disparu depuis longtemps, il reste cette trace poudrée-boisée qui sent… le souvenir d’un parfum? Disons que c’est comme retrouver un vêtement qu’on a porté la veille – l’odeur est là mais feutrée, intime.
Il ne plaît pas à tout le monde. Ma meilleure amie trouve qu’il sent “la lessive” (elle n’a pas tort). Mon frère dit qu’il est trop discret pour être intéressant. Et alors? Certains jours, j’ai besoin de discrétion. De ne pas crier mon existence olfactive à la face du monde.
La composition est pourtant plus complexe qu’il n’y paraît – pour découvrir Lovely dans tous ses détails, il faut vraiment prendre le temps de l’observer évoluer sur plusieurs heures. Cette patience est devenue méditative pour moi.
Le flacon que je regarde différemment maintenant
Au début, je trouvais le flacon quelconque. Cette forme ovale transparente, ce bouchon argenté sans fioritures… pas très sexy. Maintenant je comprends. Il ressemble à son parfum: humble, transparent, honnête.
Pas de prétention dorée. Pas de design tape-à-l’œil. Juste un objet simple qui contient quelque chose de précieux – du moins pour moi. Il traîne sur ma table de nuit à côté de mes livres écornés et de ma lampe bancale. Il va bien avec ce désordre quotidien.
Pourquoi j’ai mis trois ans à l’acheter
Entre le test en pharmacie et l’achat de mon premier flacon, il s’est passé… du temps. Beaucoup. Je continuais à demander des échantillons, à le sentir sur d’autres, à y revenir sans oser franchir le pas.
Le snobisme probablement. Cette petite voix qui disait “tu ne vas quand même pas porter un parfum de célébrité, toi qui te vantes de connaître les maisons de niche, toi qui dépenses des fortunes chez les parfumeurs confidentiels.”
Et puis un matin de décembre 2022, lendemain de rupture amoureuse (ah, le timing parfait), je suis entrée dans une boutique et je l’ai acheté. Sans réfléchir. Comme on adopte un chat errant – parce qu’il était là au bon moment et que j’avais besoin de douceur.
Ce qu’il m’a appris sur moi-même
Lovely m’a forcée à admettre que je ne suis pas toujours cette femme sophistiquée qui porte des cuirs fumés et des oud mystérieux. Parfois – souvent même – je suis juste quelqu’un qui veut sentir bon de manière simple. Réconfortante. Accessible.
Il m’a aussi appris qu’un parfum à 40 euros peut me toucher plus profondément qu’une composition à 250. Le prix ne fait pas l’émotion. L’authenticité oui.
Les jours où je le porte, je me sens… moi. Pas une version idéalisée, pas un personnage que j’essaie d’incarner. Juste Emma, avec ses contradictions, ses angoisses, ses petits bonheurs du quotidien. C’est rare finalement, cette sensation de cohérence entre ce qu’on sent et ce qu’on est.
Ma confession finale
Voilà. J’ai plus de cent flacons sur mon étagère. Des raretés, des exclusifs, des jus dont je suis la seule à connaître l’existence dans un rayon de cent kilomètres. Et pourtant, c’est Lovely que j’attrape le plus souvent.
Est-ce que ça fait de moi une mauvaise perfumista? Probablement. Est-ce que je m’en fiche? Complètement. Il y a une liberté immense à assumer d’aimer un parfum “simple”, un best-seller accessible, une création de célébrité.
Lovely n’est pas spectaculaire. Il ne fera jamais tourner les têtes dans la rue ni susciter de compliments exaltés. Mais il fait quelque chose de plus précieux encore: il me fait du bien. C’est déjà pas mal, non?
Est-ce que je le porterai encore dans dix ans? Aucune idée. Pour l’instant, il est là, fidèle au poste, témoin silencieux de mes matins difficiles et de mes soirées tranquilles. Et franchement, je ne lui demande rien d’autre.