Je me souviens du jardin de ma grand-mère. Pas celui bien entretenu devant la maison, non. Celui derrière, un peu sauvage, où poussaient des fleurs blanches dont je ne connaissais même pas le nom. J’avais six ans et je m’y cachais pour lire, entourée de ce parfum capiteux qui montait quand le soleil tapait fort.
Gucci Bloom m’a ramenée là-bas.
Cette bouteille rose poudré qui traînait chez Sephora
La première fois, je suis passée devant sans m’arrêter. Trop de monde, trop de bruit, pas le moment. La deuxième fois, j’avais du temps. J’ai vaporisé sur ma peau sans conviction – encore un floral blanc, vous voyez le genre?
Sauf que non.
Le tubéreuse est arrivé en premier, presque anesthésiant. Ce côté médicinal qui fait peur aux gens. Moi, ça m’a intriguée. Puis le jasmin s’est installé, plus doux, comme pour rassurer. Et là, quelque chose de rond, de lacté presque… du rangoon? Je ne connaissais même pas cette fleur avant de découvrir les notes exactes de cette composition.
Un blanc qui n’a rien de virginal
Comment dire… Gucci Bloom, c’est pas le floral blanc de la mariée sage. C’est celui de la femme qui porte du blanc cassé avec un rouge à lèvres carmin. Nuance.
Le tubéreuse domine vraiment. Charnel, presque troublant. Ma mère m’a dit un jour que c’était la fleur qu’on interdisait aux jeunes filles victoriennes dans leurs chambres (trop sensuel, paraît-il). Je comprends mieux maintenant.
Le jasmin adoucit juste ce qu’il faut. Sans lui, ce serait étouffant. Avec lui, ça devient hypnotique. Et cette touche poudrée qui arrive après quelques heures… j’imagine que c’est le rangoon, cette fleur que personne ne connaît mais que tout le monde reconnaît sans savoir.
La texture du parfum
Oui, je parle de texture pour un parfum. Parce que Bloom a cette densité particulière sur la peau. Pas léger comme un voile – plutôt comme un châle de soie qu’on garde sur les épaules toute la soirée.
Ça tient longtemps. Vraiment longtemps. Le lendemain matin, il reste quelque chose sur l’oreiller. Pas le parfum entier, juste son fantôme. Cette trace poudrée-musquée qui fait qu’on hésite à laver les draps.
Les moments où je le porte
Jamais le matin pour aller travailler. Trop présent, trop affirmé. Bloom, c’est mon parfum du soir qui commence, quand je rentre et que j’ai envie de passer du mode “fonction” au mode “moi”.
Je l’ai porté à un mariage cet été. Mauvaise idée? Peut-être. La mariée portait quelque chose de discret, et moi j’arrivais avec mon sillage de fleurs blanches entêtantes. Mais bon, trois personnes m’ont demandé ce que je portais. Ça compte.
Je l’aime particulièrement en fin d’automne. Quand il fait encore un peu doux mais que la nuit tombe tôt. Ces moments entre chien et loup où on ne sait plus trop si on a chaud ou froid. Bloom s’accorde parfaitement avec cette ambiguïté.
La question du sillage
Soyons honnêtes: ça ne passe pas inaperçu. Mon copain dit qu’il me sent arriver dans l’escalier. Je ne sais pas si c’est un compliment ou une plainte douce.
Dans l’ascenseur, j’essaie de retenir ma respiration. Pas pour moi – pour les autres. Parce que dans un espace confiné, Bloom peut devenir… intense. Disons-le franchement: envahissant.
Ce que les autres n’avouent pas
Tout le monde parle de la campagne avec Dakota Johnson et les fleurs. Très joli, très poétique. Mais personne ne dit que ce parfum divise carrément les gens.
Ma meilleure amie l’a senti sur moi et a fait une grimace. “Trop», elle a juste dit. Trop quoi? Trop floral, trop présent, trop féminin… je ne sais pas. Elle n’a pas développé.
Ma sœur, par contre, me l’a emprunté pour un rendez-vous. Elle ne me l’a jamais rendu. J’ai dû m’en racheter un – vous pouvez voir les prix actuels si ça vous tente.
C’est ça qui m’a convaincue, finalement. Un parfum qui laisse indifférent n’est pas vraiment un parfum. Celui-là provoque quelque chose. Toujours.
La version de moi qui porte Bloom
Elle est plus assumée que la version quotidienne. Plus sensuelle aussi – je ne cherche même pas à le nier. Bloom me donne envie de porter des matières qui glissent, du satin ou de la soie. Jamais du coton.
C’est bizarre comme un parfum peut influencer les choix vestimentaires. Avec Bloom, je ne peux pas porter de jean troué et de baskets. Ça jure. Le parfum demande une certaine… élégance? Non, pas vraiment. Une certaine intention plutôt.
Les petits détails que j’ai remarqués
Le parfum évolue complètement selon ce que j’ai mangé. Après des épices, il devient presque oriental. Après quelque chose de sucré, il se poudre davantage. C’est déroutant au début, puis on apprend à jouer avec.
Sur mes vêtements, il tient des semaines. J’ai un foulard en soie que j’avais vaporisé en septembre… on est en novembre et il sent encore.
Dans les cheveux, par contre, prudence. Une fois j’ai trop vaporisé et j’ai eu mal à la tête toute la soirée. Le tubéreuse en concentration maximale directement sous le nez, c’était ambitieux.
Si vous voulez découvrir Gucci Bloom sous un autre angle, certaines célébrités l’ont adopté et en parlent avec leur propre sensibilité.
Pourquoi je continue de le porter
Parce qu’il me ramène à ce jardin blanc de mon enfance, oui. Mais pas que.
Bloom me rappelle qu’on peut être féminine sans être douce. Florale sans être légère. Présente sans être agressive. C’est un équilibre fragile, et ce parfum le tient.
Je ne le porterai jamais tous les jours. Ce n’est pas un parfum quotidien – trop riche, trop affirmé. Mais les soirs où j’ai besoin de me sentir pleinement moi, pleinement femme (sans que ça sonne cucul), c’est vers lui que je tends la main.
Est-ce que tout le monde devrait l’essayer? Franchement non. Est-ce qu’il mérite qu’on s’y arrête, qu’on lui laisse le temps de se déployer sur la peau, qu’on accepte son caractère entier? Absolument.
Reste cette question que je me pose encore: est-ce moi qui ai choisi Bloom, ou lui qui m’a choisie?